samedi 22 août 2009

Légitimité de la propriété privée par contrat

Une des meilleures façons de légitimer la propriété privée revient à négocier théoriquement avec les autres personnes cette reconnaissance. Ainsi chacun accepte rationnellement de reconnaître le droit de propriété privée des autres (et de soi-même), puisque c'est dans son intérêt. Car qui dit négociation dit contrepartie. Le contrat qui octroie de la propriété privée à quelqu'un octroie donc aussi un droit aux autres parties.

Ainsi la reconnaissance par A du droit de propriété privée de B (qui implique la perte de la jouissance pour A de l'objet approprié) ne se fera que si B offre une contrepartie à A. Cette contrepartie peut bien sûr être la reconnaissance par B du droit de propriété privée de A; de façon symétrique. Mais alors les objets appropriés devront être symétriques aussi, puisque sinon le contrat ne sera pas équilibré et donc pas acceptable (remarquons ici l'égalitarisme qui sous-tend toute la notion de contrat, chaque individu étant considéré égal et désirant rationnellement une part égale).

Comment faire alors pour répartir équitablement des objets par nature très différents sans rompre cette égalité ? Une solution intéressante est de ne finalement pas équilibrer les objets appropriés, mais de transformer le droit de propriété privée, qui est résumable en "jouissance exclusive du bien approprié" (dont les bénéfices financiers), en un droit presque équivalent, mais où les bénéfices sont partagés, une partie pour les non-propriétaires, comme prix de leur accord pour la propriété privée. De façon grossière, les 'propriétaires en devenir' achètent la reconnaissance de leur droit de propriété privée aux autres, en leur promettant une part de la jouissance de ces biens, une part des bénéfices. La légitimité de la propriété privée est contractualisée.

Nous avons donc là une théorie très utile dans la discussion de la redistribution des biens par l'Etat, de l'impôt. Un des arguments les plus forts du prélèvement et de la redistribution par l'Etat est celui de la légitimité de la propriété privée : la redistribution est obligatoire car elle permet l'accord rationnel de tous sur la propriété privée. Sans redistribution, pas de légitimité. Sans légitimité, pas de prorpiété privée, juste une possession instable, qui peut être remise en cause à tout moment par la force.

A bientôt,

lundi 17 août 2009

Légitimité de la propriété

Un des plus grands problèmes philosophiques modernes reste la légitimité de la propriété, et en particulier de la propriété foncière. Il y a 3 grandes façons de justifier la propriété :

1. la plus simple, le droit du plus fort. La logique de cet argument est faible, mais elle colle apparemment le plus à la réalité historique. Le plus fort s'appropie donc tout ce qu'il peut, et essaie de le défendre. Le deuxième plus fort fait de même, et ainsi de suite. Le problème de cette justification est qu'elle permet une lutte sans fin pour la propriété, au nom du droit du plus fort, car le plus fort change évidemment avec le temps. Une des solutions pour stabiliser la propriété et éviter le chaos a été la filiation du plus fort, avec le maintien au pouvoir de la descendance du plus fort, la constitution d'une famille royale.

2. la deuxième solution est celle qui se base sur le droit du premier arrivant. Cette justification de la propriété par la présence historique sur un lieu est un argument très fréquent pour faire valoir ces droits sur cet endroit. La justification de la constitution d'Israel en est un exemple récent, avec le lot de problèmes que cela a pu générer. Le problème ici est de savoir qui a vraiment vécu le premier sur le lieu, si tant est que le droit du premier arrivant soit convaincant. De plus, la délimitation du territoire est complexe, et peut donner lieu à d'interminables débats voire conflits. Mais cette solution reste encore une des moins contestées dans son fondement, comme si la présence initiale à un endroit suffisait à se l'approprier, sans prendre en compte le présent.

3. la dernière solution est issue du travail, et a été défendue par Locke en particulier. Travailler la terre donnerait un droit de propriété sur celle-ci, par les efforts consentis pour la transformer. C'est la solution qui rémunère le mieux l'effort et le développement économique, puisque cette transformation est souvent un acte de valorisation économique de cette terre. Nozick a critiqué cette solution en se demandant si verser un peu de sauce tomate dans la mer (une forme de travail) servirait à s'approprier la mer ? Même si la question peut sembler saugrenue, elle a le mérite de poser la question du travail à fournir pour s'approprier un bien, si tant est que le travail permette l'appropriation. Le travail donne en fait plutôt droit aux fruits de la terre qu'à la terre elle-même.

On l'a vu, les trois solutions habituelles ne sont pas dépourvues de défauts. Une dernière solution a été envisagée et est issue du contractualisme, qui consiste à obtenir l'accord de tous. L'objectif est donc de légitimer la propriété privée par un accord rationnel de tous. Accord rationnel est ici synonyme d'intérêt, puisqu'il s'agit de parler à l'intérêt de tous. Cette légitimité contractuelle de la propriété est notre prochain sujet.

A bientôt,

samedi 8 août 2009

Separation entre Marché et Capitalisme

Je vais digresser lègèrement de ma présentation du premier pôle pour parler d'une séparation conceptuelle mal comprise, celle entre économie de marché et capitalisme, qui illustrera d'ailleurs parfaitement l'importance du pouvoir économique.

La dernière définition à la mode du capitalisme révèle d'ailleurs parfaitement l'incompréhension globale qui règne entre ces deux concepts. Elle est donnée par Jean-Hervé Lorenzi, Président du Cercle des Economistes, qui définit le capitalisme comme la propriété privée des moyens de production, ainsi que par l'utilisation du marché comme outil de libre fixation des prix. En acceptant cette définition, une entreprise où le pouvoir est détenu par ses salariés opérant dans une économie de marché est une entreprise capitaliste. En effet, la propriété de l'entreprise est privée, puisque détenu par les actionnaires, et opère sur un marché qui fixe librement les prix. Un système où les entreprises sont dirigées par les salariés est donc un système capitaliste... Le capitalisme salarial vient de naître, et l'expression prête à sourire.

Plus sérieusement, la définition donnée par M. Lorenzi est la définition du libéralisme économique, de l'économie de marché, pas du capitalisme. Le capitalisme peut se réduire à la définition micro-économique suivante : la détention du pouvoir dans les entités productives majeures par le capital (ce qui donne donc capitalisme, la réponse est dans le mot). J'introduis l'adjectif 'majeur' car certains puristes pourraient argumenter de l'existence d'associations, de coopératives, de sociétés unipersonnelles dans le capitalisme. Mais celles-ci représentent tellement peu de l'économie moderne qu'elles ne peuvent déguiser le fondement du capitalisme, qui se trouve dans le pouvoir donné au capital. L'objectif du capitalisme est donc celui du capital, à savoir la performance de l'action, avec l'augmentation de la rentabilité.

A contrario, l'économie de marché, issue du libéralisme, est une économie issue du droit de propriété privée, de la promotion de la concurrence (qui en théorie aboutit à l'égalisation des pouvoirs entre acteurs économiques). Nous reviendrons sur cette distinction de loin en loin, au fur et à mesure de notre distinction sur les pouvoirs dans l'économie, mais une tendance majeure peut être dégagée, celle d'une brèche entre marché et capitalisme, que je vais tenter de faire apparaître et de démontrer. Mais dès à présent une conclusion globale peut être tirée : il est possible d'être libéral et anti-capitaliste. Un courant économique - et politique - moderne, du XXIème siècle, peut valablement exister, et être nommé LAC (Libéralisme Anti-Capitaliste) ou ACL en anglais (Anti-Capitalist Liberalism), prôner la liberté et favoriser le marché, sans pour autant être en faveur du capitalisme. Une sorte de troisième voie entre socialisme et capitalisme vient d'apparaître, issu de la séparation entre marché et capitalisme...

A bientôt,

dimanche 2 août 2009

Ebauche de Structure

Comme je l'ai écrit juste avant, la notion de pouvoir dans l'économie nous amènera dans des directions très différentes, que je vais essayer de structurer en trois pôles. Le premier pôle sera celui du droit de propriété, et en particulier de sa légitimité. Le deuxième sera celui du pouvoir dans l'entreprise, pouvoir de décision et de prélèvement des bénéfices, qui se retrouvera dans une discussion sur le partage de valeur ajoutée entre capital et travail, avec une relation au risque à expliciter. Le troisième, enfin, sera celui du pouvoir dans un marché réel, donc imparfait, avec les poids des ententes, monopoles et oligopoles.

Le libéralisme, avec le marché comme instrument de régulation des intérêts privés, a toujours eu en arrière-plan la lutte contre le pouvoir politique excessif. Un des objectifs du libéralisme est donc de diminuer autant que possible les sources de pouvoir coercitif qui s'appliquent à l'individu, et l'économie de marché était censée être un outil important pour y répondre. Mais la réalité du pouvoir économique fausse considérablement les avantages de la théorie de marché. L'étude du pouvoir économique sera donc une critique de la réalité actuelle de l'économie de marché, que nous connaissons sous le nom de capitalisme.

Commençons donc par le premier pôle, avec un sujet majeur, la légitimité du droit de propriété, qui implique de revenir sur son origine.

A bientôt,

samedi 1 août 2009

Redémarrage du blog

Après quelques mois d'arrêt, ce blog redémarre, pour s'intéresser de près à un concept peu développé, le pouvoir économique. Il s'agit donc d'identifier les sources de pouvoir dans l'économie, dans les relations contractuelles, de marché, ou de droit - en particulier le droit de propriété. Les implications en sont larges, comme la justification du droit de propriété, la justice de la répartition de la valeur dans l'entreprise (lié au pouvoir de l'actionnariat face au salariat et à la notion de risque), ou le pouvoir issu de l'absence de concurrence, avec le monopole et l'oligopole.

Ce blog représente donc le miroir de l'autre blog "Krach économique" http://kracheco.blogspot.com/. Il s'agit de compléter la réflexion sur le krach économique à venir par une réflexion sur les sources du pouvoir dans l'économie capitaliste, afin de pouvoir par la suite reconstruire une économie de marché plus stable et performante pour tous.

A bientôt,

samedi 10 janvier 2009

Mise en sommeil

Bonjour,

En attendant la sortie (espérée prochainement) d'un livre élargissant et reprenant les textes présentés, ce blog est mis en sommeil. Il sera réouvert plus tard, si le besoin s'en fait sentir.

A bientôt

samedi 9 février 2008

La création d’entreprise

Une question importante à laquelle répondre porte sur la création d’entreprise dans une économie concurrentialiste. Pour cela commençons par éclairer le processus dans une économie capitaliste.

Dans le capitalisme, la création d’une entreprise se passe ainsi : tout d’abord, par l’apport initial de capitaux par les actionnaires, capitaux qui permettront d’embaucher les premiers salariés et d’investir dans les premiers matériels. Puis, si besoin est, de nouveaux capitaux sont recherchés, capitaux qui financeront les pertes jusqu’à ce que l’entreprise soit devenue rentable ou ait été vendue. Si elle n’en trouve pas, elle n’a plus qu’à déposer son bilan. Voilà schématiquement le processus de création d’une entreprise capitaliste : les capitaux sont investis pour financer les pertes et investissements initiaux. Les salariés peuvent donc s’engager avec une confiance relative dans ces petites entreprises, les capitaux injectés servant aussi à payer leurs salaires. Comment cela se passe-t-il dans une entreprise concurrentialiste, alors que les salaires devraient être payés après la rémunération des capitaux ?

Et bien, finalement, de la même façon que dans le système capitaliste, à une exception notable près : la rémunération des capitaux ne pouvant se faire en début de vie de l’entreprise (puisque celle-ci n’est pas rentable), cette rémunération se trouve intégrée dans les capitaux propres, venant les ajouter cumulativement année après année, jusqu’à que l’entreprise puisse les rémunérer réellement. Ainsi, les capitaux d’une entreprise concurrentialiste augmentent d’année en année de façon comptable, et sont consommés dans le même temps par les pertes engendrées. Les employés sont payés de façon fixe, jusqu’à ce qu’ils puissent payer les intérêts des capitaux injectés, et ainsi retrouver le système habituel du concurrentialisme.

Il est bien sûr évident, comme dans le capitalisme, que l’injection d’argent dans une jeune entreprise est un projet très risqué, et qu’il faut donc rémunérer de façon importante ces capitaux pour les attirer. Ainsi, l’investissement dans une jeune entreprise sera rémunéré de façon très élevée, jusqu’à ce que le niveau de risque ait suffisamment diminué pour que d’autres investisseurs soient prêts à prendre le relais, c’est-à-dire à acquérir les capitaux propres pour une rémunération plus faible, un taux d’intérêt moins élevé. Successivement, au fur et à mesure du développement de l’entreprise, un phénomène intéressant se produit donc : la baisse du taux d’intérêt des capitaux quand l’entreprise devient plus mature. Cela n’est pas du tout paradoxal, puisque le risque d’un projet est corrélé positivement au taux d’intérêt demandé : plus le risque est élevé, plus le taux d’intérêt demandé est élevé. Ainsi, en diminuant son risque par son développement, une entreprise diminuera de façon très importante le taux d’intérêt de ses capitaux qui lui est demandé...

Il n’y a donc pas du tout de problème conceptuel au niveau création d’entreprises dans le concurrentialisme : la rémunération des capitaux, quand elle n’est pas possible, se trouve intégrée dans ces mêmes capitaux, et les augmente. Cette solution est aussi intéressante lors de périodes très difficiles pour l’entreprise : elle peut intégrer les intérêts dans ses capitaux propres au lieu de les payer, lorsque les difficultés sont telles que les salaires sont déjà réduits à leur minimum. En fin de compte, l’investissement dans les jeunes entreprises répond aux mêmes contraintes de rentabilité élevée, liées aux risques importants, dans le concurrentialisme et le capitalisme.